Vendredi 15 octobre à Blénod s’est déroulé la soupe de la solidarité : l’un des temps forts de la commune au cours duquel la population se retrouve pour un moment de convivialité et de partage.
Nous avons eu le plaisir d’accueillir Bora Yilmaz, Conseiller Régional de la région Grand Est et Adjoint au Maire de Nancy.
Joseph Nocilla a assuré avec dynamisme l’animation de la manifestation avant que nous assistions à une démonstration de danse traditionnelle polonaise avec la groupe Wieliczka.
La soirée s’est poursuivie à Ciné Vilar avec la projection de « Paris Stalingrad », film fort sur la condition des migrants en France et plus particulièrement à Paris. Une discussion s’en est suivie en compagnie de plusieurs intervenants : RESF (Réseau éducation sans frontière, SNI (Solidarités nationales et internationales, La Ligue de l’enseignement 57, Un toit pour les migrants, Solidarité Migrants 57.
Lors de ma prise de parole, j’ai expliqué les raisons de cette manifestation et la politique de solidarité de la commune.
Depuis 1987, la Journée mondiale du refus de la misère est célébrée le 17 octobre, elle est d’ailleurs reconnue depuis 1992 par les Nations Unies. Chaque année, depuis 2014, notre commune tient à s’y associer pour exprimer que la pauvreté est une violence faite aux plus pauvres, la refuser et affirmer qu’elle doit être combattue.
Être conscient d’abord de la réalité de la pauvreté. Elle existe partout dans le monde, à un niveau élevé.
Environ 10 % de la population mondiale – quelque 689 millions de personnes – vit en dessous du seuil international de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 1,90 dollar par jour et près d’un quart avec moins de 3,20 dollars par jour.
Cette réalité est aussi la nôtre. La France compte 5,3 millions de pauvres, soit 8,3 % de la population qui vit avec moins de 885 € par mois. Un enfant sur 10 grandit dans une famille pauvre et 9,3 millions de personnes, soit 14,8 % de la population, vivent avec moins de 1 080 € par mois. 13 millions de personnes sont en situation de pauvreté monétaire ou de privation matérielle et sociale.
Ces chiffres donnent le vertige. Ils risquent encore d’augmenter sous l’effet économique de la pandémie. Elle a touché tout le monde, mais plus durement les plus pauvres.
Selon la Banque mondiale, le taux mondial d’extrême pauvreté devrait augmenter en 2020, pour la première fois en plus de vingt ans. Dans notre pays, des choix politiques tels que la réforme de l’assurance chômage qui a supprimé brutalement depuis le 1er octobre les indemnités de plus d’un million de chômeurs, les faisant basculer directement vers les minimas sociaux.

En 2020, pour aller se nourrir, 8 millions de Français ont poussé la porte d’une structure associative ou territoriale, soit 2,5 millions de personnes de plus que l’année précédente. C’est le cas également dans notre commune, où les demandes d’aide alimentaire auprès du CCAS se multiplient depuis 18 mois.
Les associations tirent le signal d’alarme, s’agissant de l’arrivée de nouveaux publics, à commencer par les jeunes, et s’inquiètent qu’un grand nombre de personnes, peinant à se remettre des impacts économiques de la Covid-19, tombent dans la pauvreté.
Être conscient, c’est ensuite agir. La pauvreté n’est pas une fatalité, elle doit être combattue et elle peut être vaincue. Permettez-moi de rappeler encore deux chiffres, les derniers :
- 1 % de la population possède près de la moitié des richesses mondiales.
- 25 % de la richesse nationale est détenue par seulement 1 % des français.
En effet, il n’y a pas de fatalité à être pauvre alors qu’il suffit simplement de partager…
Pourtant, pas un gouvernement, pas une majorité quelle qu’elle soit, au cours des dernières décennies, ne peut s’enorgueillir d’avoir fait véritablement reculer, de façon massive, la pauvreté.

C’est à chacun, à l’échelle de ses moyens, d’agir. Dans notre commune, avec des politiques solidaires, nous agissons au quotidien, la solidarité est une des clés de voûte de la politique communale depuis 1977, elle n’est pas le pré carré du Centre Communale d’Action Sociale, elle est déployée en transversalité dans tous les services de la collectivité :
- Quelques exemples : les fournitures scolaires gratuites, l’aide au premier départ en vacances, la tarification progressive et adaptée pour la restauration scolaire et le périscolaire, les bourses d’études ou encore la gratuité des 5 premiers m3 d’eau, une tarification qui se veut solidaire et aussi écologique puisqu’elle est fonction de l’utilisation et de la composition du foyer. Mais aussi dernièrement l’aide au permis de conduire pour les jeunes de 15 à 25 ans.
- La solidarité à Blénod, c’est une subvention de 386 000 € au CCAS soit 6 % des dépenses de fonctionnement de la commune. Près de 40 000 € sont consacré à l’aide sociale d’urgence.
Notre action se veut complémentaire de l’engagement des associations. Car dans notre pays, malgré notre système de protection sociale, sans doute l’un des plus performant du monde, sans associations, il n’y a pas de de lutte contre la pauvreté qui tienne debout.
Ces dernières années, le regard sur les plus vulnérables s’est durci : « Ils ne font pas d’effort pour s’en sortir », « les aides sociales poussent à ne pas travailler » et bien sûr « le pognon de dingue que l’on dépense pour rien » …
C’est un discours que l’on entend trop souvent, y compris de la part de nos plus hauts dirigeants. Ces affirmations ignorent la manière dont se nouent les inégalités et que la pauvreté peut devenir une trappe.
Dernièrement, un petit éditorialiste pas encore candidat, mais qui ne manquera pas de l’être, nous explique que les problèmes de notre pays résideraient dans le prénom donné aux enfants. Il y aurait trop de Mohamed, de Fatima, de Missac ou de Michal… Nous serions victime d’un grand remplacement.
Ridicule quand on y réfléchit quelques minutes et lorsque l’on sait que la première préoccupation des français reste le pouvoir d’achat. Prenons garde tout de même, à quelques mois d’échéances importantes pour notre pays, de ne pas céder aux discours simplistes. Rejeter toute une partie de la population, n’a jamais permis à quiconque de vivre mieux. Intéressons-nous plutôt à la manière dont nous pourrions construire nos jours heureux.
C’est le sens que nous souhaitons donner à cette soupe de la Solidarité.
Depuis quelques années, la commune s’inscrit dans cette journée du refus de la misère afin de réaffirmer collectivement les valeurs auxquelles nous croyons.
En 2014, nous avons choisi cette date pour inaugurer la Maison des Solidarités, intégrée au foyer Ambroise Croizat, qui était la matérialisation de la volonté politique communale d’un « guichet unique » de la solidarité intergénérationnelle à Blénod.
En 2015, nous avons choisi de célébrer les 70 ans de la Sécurité Sociale, véritable socle de la Solidarité Nationale et garante d’une meilleure répartition des richesses.
À partir de 2016, avec mon prédécesseur Stelvio Fleury, nous avons fait le choix de l’organisation d’une soupe de la Solidarité. Il ne s’agit pas d’une soupe populaire, mais bien d’un moment d’échange et de convivialité autour d’une soupe qui symbolise parfaitement toute la chaleur humaine qu’induit la solidarité.
Cette soupe se déplace depuis, de quartier en quartier et fait une halte cette année au square du Pétant, quartier historique de la ville, dénommé aussi quartier des Polonais. C’est l’occasion pour la commune, fidèle à son histoire, de s’inscrire dans le centenaire de l’immigration polonaise en France.
Dans le débat actuel, où l’immigration fait peur, il nous paraissait intéressant de rappeler notre histoire. Celle d’une commune, d’un bassin de vie, d’un département, d’une région, terre industrielle, d’immigration, d’assimilation.
Ici, nous le savons, même si nous l’oublions trop souvent, l’immigration n’a jamais été un problème, elle a participé à la richesse économique, sportive, culturelle et plus globalement humaine de notre territoire.
Cette soupe est également une véritable chaîne de solidarité, des légumes provenant des jardins partagés de la commune, un épluchage réalisé par les « mamies » de la Résidence Ambroise Croizat et de la commune, des soupes réalisées par le service municipal de restauration, des élus mobilisés dans l’organisation et des services municipaux qui déploient tout leur savoir-faire pour concourir à la réussite de cet évènement.





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