Hausse des prix : symptôme d’un régime en crise ?

C’est un des sujets d’actualité depuis plusieurs mois. La hausse des prix, c’est à dire l’inflation constatée à l’INSEE au travers de son indice des prix à la consommation, dépasse désormais les 5 %. D’après les analystes ou les conjoncturistes, il n’y a pas de raison économique pour que cette tendance s’inverse d’ici la fin de l’année. Le retour de l’inflation, qui avait quasiment disparue depuis le passage à l’euro, le tout sans augmentation de salaire ou des pensions, pose la question légitime de l’érosion du pouvoir d’achat. C’est peut être aussi le signe d’un  » système économique  » à bout de souffle, plus proche qu’on ne le croit de l’effondrement !

Pourquoi un tel niveau d’inflation en France ?

Différents acteurs économiques, Ministre de l’Economie, Gouverneur de la Banque de France et bien sûr le Président du MEDEF, se succèdent dans les médias pour alerter sur le danger non pas de l’inflation, mais de la hausse des salaires !

Ils mettent en avant une théorie économique appelée  » boucle prix / salaire « , selon laquelle une augmentation des salaires augmenterait les coûts pour l’entreprise, cette dernière augmentant ses prix, entraînant les salariés à demander d’autres augmentation de salaire …

C’est bien connu, dans un pays comme la France, où les 10 % des plus riches possèdent plus de 50 % de la richesse nationale, où la fortune des milliardaires a plus augmenté en 19 mois de pandémie qu’en 10 ans, où les dividendes versés aux actionnaires du CAC 40 va atteindre des records en 2022, où les patrons de ce même CAC 40 perçoivent des rémunérations en moyenne de 7,6 millions d’euros, oui en France, le problème c’est les salariés qui n’en ont jamais assez !

La bonne blague ! Les causes de l’inflation dans notre pays sont largement connues : les tensions internationales et les profiteurs de guerre !

D’ailleurs, si on analyse finement l’actualité sociale et les conflits sociaux, c’est bien parce qu’il y a augmentation des prix que les revendications salariales s’intensifient, pas l’inverse !

Une chose est sûre, l’inflation fait clairement partie de la lutte des classe, de l’affrontement entre le capital et le travail. Il s’agit de choisir où se fera l’ajustement, soit sur les profits des entreprises, soit sur le niveau de vie des salariés.

Il est urgent de protéger le pouvoir d’achat !

Si le gouvernement cherche a tout prix à limiter la hausse des salaires, il a bien compris qu’il serait suicidaire de ne rien faire. C’est pour cela qu’il va sans doute continuer sa politique du  » chèque « . Les débat débuteront le 18 juillet à l’Assemblée Nationale concernant les mesures pour garantir le pouvoir d’achat.

Ces chèques divers et variés, au-delà de ne pas être suffisants, sont des perfusions ponctuelles et ne règlent en rien le problème de fond de la faiblesse des salaires. Oui et c’est légitime, nous voulons vivre dignement du fruit de notre travail !

Les chiffres sont particulièrement éclairant, une étude récente de la DARES (Direction de l’Animation et de la Recherche des Etudes Statistiques) démontre que dans le privé, les salaires réels après inflation sont en train de diminuer.

Est-ce au contribuable au travers de mesures fiscales (les fameux chèques) de compenser la faiblesse des salaires ? Est-ce au contribuable de se substituer aux entreprises ?

Je ne le pense pas et il faut prendre des mesures concrètes et immédiates, l’urgence c’est :

  • Augmenter les salaires, à commencer par le SMIC (nous proposions 1 500 € net – 1 923 € brut avec la NUPES).
  • Rétablir l’échelle mobile des salaires.
  • Bloquer les prix des produits et services de première nécessité (nous proposions le carburant à 1,40 € avec la NUPES).
  • Taxer les profits des multinationales pour financer ces mesures.

Ces mesures permettraient à toutes et tous de mieux vivre, mais elles ne traiteraient que les conséquences de la crise et non les causes car ce qu’il se joue avec l’inflation actuelle est l’amorce d’une crise sans doute bien plus profonde de notre système économique.

D’où vient la crise ?

L’ensemble des ingrédients d’une crise majeure dans l’économie mondiale sont en train d’être mis sur la table. Sans vouloir trop entrer dans les éléments techniques, les réactions des autorités internationales seront à suivre de près.

Par exemple, la hausse des taux promise en Europe et aux Etats Unis risque d’entraîner une récession, qui couplée à une inflation galopante pourrait se révéler hautement inflammable pour l’économie mondiale si en plus de la perte de pouvoir d’achat, il y avait des destructions d’emplois.

Il y a toujours le risque d’une crise financière à cause d’un marché des actions qui ne correspond à pas grand chose dans l’économie réelle ou encore un risque de crise concernant les dettes souveraines.

Les facteurs de crise sont donc bien installés, nombreux et sérieux. Ils révèlent surtout les contradictions de notre système économique.

Notre modèle est sans doute à bout de souffle.

Nous sommes probablement à un tournant qui pourrait entraîner des conséquences durables.

Cela fait de nombreuses années que notre système économique n’est plus en capacité de générer des gains de productivité, qui sont à la base de la croissance économique dans notre modèle capitaliste.

Ce modèle continue pourtant d’étendre sa domination depuis près de quarante ans grâce à l’extension et l’accélération de la mondialisation, à l’éclatement des collectifs de travail pour faire pression à la baisse sur les salaires. Nous pouvons rajouter désormais l’action des États (via les aides publiques) pour garantir le niveau des profits.

Tous ces grands équilibres sont en train de voler en éclats et on ne mesure pas encore les conséquences que cela risque d’avoir tant sur le plan économique que politique, car les crises économiques en Europe ou dans le monde entrainent quasiment à chaque fois et mécaniquement une forte progression des idées d’extrême droite.

Ce qui ne fait aucun doute dans notre pays, c’est que notre très forte dépendance aux importations et aux énergies fossiles.

Nous payons très cher 40 années de désindustrialisation et l’absence de planification en matière énergétique. Tout cela rend l’économie française extrêmement fragile.

L’inflation actuelle, dont les causes se trouvent là, ravive les tensions autour des salaires… mais plus globalement autour de ce que l’on appelle le conflit entre capital et travail !

Les profits records en 2021, tout comme les versements eux aussi records aux actionnaires, sont autant d’éléments incompréhensibles et injustifiables quand, de l’autre côté, on promet aux salariés un énième resserrement de ceinture.

Si l’inflation se maintient à un niveau élevé, ce qui est très probable, aucun correctif type « chèque » ne sera en mesure de résoudre le problème. Tous ces chèques, même s’ils permettront de ressortir temporairement le tête de l’eau, seront vécus comme un affront et, renforceront le sentiment de déclassement  » nous ne sommes même plus en capacité de vivre grâce à notre salaire « , qui est un terreau très fertile pour l’extrême droite !

C’est donc bien un autre modèle de production qu’il faut mettre sur la table en urgence. Ce qu’il y a en face de nous, ce n’est rien de moins que des pénuries sur un ensemble de biens et services essentiels. Si aucune mesure forte n’est prise, l’hiver prochain risque d’être rude !

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