L’observatoire des inégalités vient de publier une étude révélant que près d’un français sur deux ne part pas en vacances. Derrière le chiffre moyen, il y a des réalités bien différentes entre les plus riches et les plus pauvres. Dans un grand pays comme la France avec la richesse qui est la sienne, nous pouvons sans doute agir pour conquérir un véritable droit aux vacances.
Les chiffres 2022 :
En 2022, le taux de départ en vacances atteint 54 % en France. Bien sûr il y a de fortes inégalités entre 72 % des plus aisés qui font leurs valises au moins une fois par an, alors que de seulement 37 % des plus modestes partent en vacances. La moitié des personnes qui renoncent à partir, le font pour des raisons financières.
En 20 ans, le taux de départ global de départs en vacances est passé de 58 à 54 %. Pour partir, il faut en avoir les moyens. Transport, hébergement, activités : les vacances coûtent cher et toute une partie des ménages n’ont pas de moyens suffisants pour partir.
Les raisons du non départ :
Près de la moitié des personnes déclarent ne pas partir en vacances faute de revenus suffisants, selon le Crédoc. Une semaine de location pour un couple avec deux enfants équivaut au minimum à un demi smic : largement hors du budget des plus modestes.
Mais l’argent ne fait pas tout : pour certains (16 %), il est difficile de se déplacer pour des raisons de santé (maladie grave, handicap, perte d’autonomie due à l’âge, etc.). 9 % mettent en avant des raisons professionnelles.
Pour une partie des travailleurs précaires, il est compliqué de dégager des périodes de congés. Pour les indépendants les plus modestes, arrêter son activité signifie une perte de revenus trop grande.
Une partie des jeunes utilisent les vacances pour travailler et financer leurs études. Enfin, 8 % indiquent des raisons familiales (par exemple parce qu’il faut aider une personne âgée) et 13 % choisissent de ne pas partir.

Les aides financières au départ en vacances sont insuffisantes !
De nombreuses aides existent pour partir en vacances mais elles ne réduisent que faiblement les inégalités entre catégories sociales. En cause : les différences de statut dans l’emploi, la taille de l’entreprise pour les salariés, mais aussi le réseau social, le niveau de vie ou le diplôme.
Rien de tel qu’un coup de pouce financier pour faire ses valises. Là où le bât blesse, c’est que les plus fortunés sont davantage aidés que les plus pauvres, en raison des critères de distribution des aides financières, mais aussi de la capacité à mobiliser son réseau familial et amical.
Sans comité d’entreprise dénommé désormais C.S.E., sans soutien des organismes sociaux, ou sans famille ou amis pour vous mettre à disposition un hébergement, les vacances peuvent se révéler vite inabordables. Soixante-dix ans après les premiers congés payés, les écarts liés aux vacances persistent.
Pour comprendre à qui profitent les aides, il faut distinguer les différents types de soutiens financiers. Une première forme de soutien est fournie par l’employeur ou le comité d’entreprise. Obligatoire dans les sociétés de 50 salariés ou plus, le C.S.E. possède – entre autres – des attributions en matière sociale et culturelle.
Ces activités bénéficient aux salariés et à leur famille qui peuvent profiter ainsi d’avantages pour organiser leurs vacances (aides financières, colonies de vacances pour les enfants, etc.). Les chèques vacances représentent les aides les plus répandues. La taille ou le secteur d’activité (mieux vaut travailler dans la banque que la grande distribution) de l’entreprise compte dans ce domaine et crée les écarts.
Ne pas avoir de C.S.E dans son entreprise, ne pas avoir d’emploi, ne pas être aidé par les organismes sociaux en raison de ressources un peu au-dessus des plafonds préconisés, freinent l’accès aux aides financières pour partir se ressourcer de toute une frange de la population.
Deuxième forme de soutien, les aides financières versées par les institutions à vocation sociale et les collectivités territoriales.
Amis, famille : avoir un réseau ça aide énormément !
À 1 000 euros voir plus la semaine de location l’été, se faire héberger par la famille ou des amis fait gagner beaucoup d’argent. On estime que deux tiers des personnes qui effectuent un voyage touristique ont bénéficié d’un hébergement non marchand.
Encore faut-il posséder un réseau social qui puisse être en mesure de vous héberger. 14,3 % des cadres, contre 9,3 % des ouvriers, ont été hébergés dans la résidence secondaire de parents ou d’amis pour leurs vacances selon les dernières données sur le sujet.
Faute d’un réseau familial ou amical, on peut aussi échanger son logement avec des inconnus le temps des vacances. Même si la pratique reste marginale, elle se développe. Ce qui revient au même qu’avec sa famille ou ses amis : échange celui qui dispose de quoi échanger. Et logiquement, ce sont les plus favorisés qui utilisent cette pratique. Pour cela, il faut déjà être propriétaire. Et puis, échanger son studio situé dans une banlieue délabrée d’une grande ville est beaucoup moins facile que de troquer sa ferme rénovée dans le Lot. Une étude internationale sur le profil et les motivations des personnes qui pratiquent l’échange de maisons montre que les usagers de ce concept sont 62,1 % à posséder un diplôme d’études supérieures, et même 73 % en France alors que 28 % de la population détient un diplôme de niveau bac +2 et plus.

Comment gagner le droit aux vacances pour tous ?
Il faut d’abord renforcer les dispositifs d’aide au départ pour les familles et le soutien aux associations qui contribuent aux départs en vacances des plus précaires telles que le Secours Populaire ou SNI près de chez nous.
Le droit aux vacances restera virtuel tant que les salaires, les pensions de retraite et les minimas sociaux ne seront pas à un niveau décent.
Il faudra créer les conditions, pour que toutes les formes d’Instances de Représentation du Personnel disposes d’attribution en matière d’activités sociales et culturelles avec un budget dédié.
Faire participer les donneurs d’ordre par une contribution complémentaire au financement du budget des activités sociales de leurs sous-traitants. Créer les conditions du développement et de la rénovation d’un patrimoine social et mutualisé en augmentant les aides à la pierre.
Mettre en place les dispositifs pour répondre aux attentes du plus grand nombre, notamment des plus fragiles, en s’appuyant notamment sur les bourses de solidarité de l’Agence nationale des chèques vacances, sur la Bourse solidarité vacances (BSV) en coopération avec les organisations syndicales, les associations humanitaires et caritatives. Réaffirmer les missions de service public des caisses d’allocations familiales en faveur d’une politique ambitieuse d’aide aux vacances pour les familles et les enfants.

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