Tout juste nommée à Matignon, la Première Ministre Elisabeth Borne déclarait que » le plein emploi était à porté de main « . Pourtant les dernières statistiques de l’INSEE laissent entrevoir des perturbations à court terme (chute du pouvoir d’achat, croissance en berne, récession, inflation exponentielle…). Dans ces conditions, il y a de quoi être inquiet pour l’avenir surtout que la baisse actuelle du chômage se fait à marche forcée, faisant basculer de nombreux chômeurs dans la précarité du fait de la réforme de l’assurance chômage.
Le plein emploi c’est quoi ?
Les derniers qui ont connu le » plein emploi » en France ne sont plus d’une prime jeunesse ! Les analystes estiment que le plein emploi est atteint lorsque que le taux de chômage est de 5 %.
En dessous de 5 %, on parle du chômage structurel, résulte des mouvements » « normaux » de transition entre deux emplois. En effet, même lorsque nous changeons volontairement de travail, il est rare de quitter son entreprise le vendredi et de commencer dans la nouvelle le lundi suivant. Ce genre de situation est extrêmement rare depuis le début des années 70.
L’objectif de la Première Ministre est donc d’atteindre les 5 % de chômage, ce qui reviendrait à une baisse de 2,3 points comparativement au 7,3 % annoncés pour le premier trimestre 2022 par l’Insee.
Derrière ces » bons chiffres » se cache cependant une réalité pas très reluisante : une stigmatisation des chômeurs illustrée par les propos du Président de la République le 14 juillet. Au nom de l’atteinte de l’objectif, il faudrait accepter tout type d’emploi quel que soit la qualité des emplois occupés et des conditions de vie qu’ils engendrent.
Qu’elle est la réalité de la situation de l’emploi ?
Tout est une question de thermomètre et de diagnostic ! Lorsqu’il n’est associé à aucun autre indicateur, le taux de chômage ne dit rien de la situation de l’emploi. Pourtant le gouvernement parle d’ » indicateur de référence « , mais il suffit par exemple d’avoir travaillé une heure pour ne pas être compté comme chômeur au sens du bureau international du travail, et il en va de même pour une personne qui décroche un CDD ou une mission d’intérim, aussi courte soit-elle. Vous pouvez donc ne pas être chômeur et pour autant être » super précaire « .
Une manière de mesurer le chômage en France est celle utilisée par Pôle emploi, comprenant cinq catégories :
- Catégorie A : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi.
- Catégorie B : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite courte (78 heures ou moins au cours du mois).
- Catégorie C : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite longue (plus de 78 heures au cours du mois).
- Catégorie D : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi en raison d’un stage, d’une formation, d’une maladie… mais sans emploi.
- Catégorie E : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, en emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés).
Voilà comme ça on sait de quoi on parle !

Bien évidemment, c’est la catégorie A qui est la plus observée, mais surveillée pour être précis. Cette catégorie A est celle que le gouvernement cherche à réduire coûte que coûte, quitte à » déverser » des chômeurs vers les quatre autres.
C’est ainsi que les derniers chiffres de la Dares (direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques) pointent une baisse de 5,3 % du nombre d’inscrits en catégorie A… mais une hausse de la catégorie relative à l’activité réduite courte (B) ou de celle regroupant les personnes en création d’entreprise ou en contrat aidé.
Peut-on vraiment se réjouir d’une activité si réduite qu’elle ne permet pas de vivre décemment, et d’un nombre croissant d’autoentrepreneurs « contraints » sans aucune couverture sociale ? Bien sûr l’humain, n’est pas ligne directrice de l’action du gouvernement, mais tout de même, cette » fabrique à pauvres et à précaires » ne règlera pas les problèmes de fond liés au chômage excepté les statistiques !
Les motifs de sortie du chômage sont également intéressants à observer, ils démontrent l’étendue du cynisme gouvernemental : les reprises d’emploi sont en baisse (- 2,2 %) sur la dernière année et les radiations administratives explosent (+ 40,8 %). Après tout, quoi de plus efficace pour faire baisser le chômage que de les radier ? Nous ne sommes encore pas dans le film de Ken Laoch, palme d’or du Festival de Cannes : » Moi Daniel Blake » mais on s’y rapproche un peu plus chaque jour !
Droit à l’emploi versus insertion forcée sur le marché du travail !
Travailler deux heures par-ci, trois heures par-là, sans considération pour leur éparpillement géographique, la stabilité de l’emploi ou le caractère décent du salaire proposé, est-ce vraiment une société comme celle là que nous voulons construire et transmettre à nos enfants ou nos petits-enfants ?
Les réformes successives conduites ces dernières décennies vont dans le sens d’un affaiblissement des droits au chômage. Les périodes indemnisées sont plus courtes, le montant des allocations réduit, et les contrôles se durcissent, poussant à accepter n’importe quel emploi pour éviter la radiation. La notion de droit à l’emploi est complètement niée.
Combien de personnes en activité réduite souhaiteraient travailler davantage ? Combien de personnes n’ont pas un emploi en adéquation avec leur formation et leurs qualifications réelles ? Combien, encore, ont été découragés de chercher dans des bassins d’emplois meurtris par des restructurations financières et des fermetures définitives ?
C’est finalement à toutes ces questions que le gouvernement évitent soigneusement de répondre préférant mettre en place les conditions pour le plein-emploi… précaire !

A défaut de » plein emploi » réel, nous aurons une casse sociale méthodique !
Les indicateurs économiques n’augurent rien de bons dans les prochains mois et il y aura des répercutions sur le marché de l’emploi.
Dans ce contexte, le seul moyen de parvenir à un niveau de chômage de 5 % est de forcer les salariés à accepter des emplois, aussi précaires, pénibles et mal rémunérés soient-ils. La déclaration de la Première ministre donne ainsi le ton de ce nouveau quinquennat et annonce une poursuite de la violence sociale, aux antipodes d’un droit à un emploi et à un revenu décents.
Pourtant, face à cette mise au travail forcée, une autre vision de la société est possible, dans laquelle le travail n’est pas la variable d’ajustement mais est au contraire conçu comme un droit, qui permet d’accéder à un revenu décent et de trouver sa place dans la société.
Plein emploi et progrès social c’est possible !
La casse sociale n’est pas le seul chemin pour atteindre le » plein emploi » nous pouvons y arriver par le haut, en respectant chacun et le rétablissant dans sa dignité au travail. Quelques mesures simples et efficaces :
- Adopter une Loi sur la Sécurité de l’emploi et de la formation qui inclurait une refonte du service public national de l’emploi et le doterait de nouvelles missions sur la formation. Elle ouvrirait à tout jeune en sortie de parcours scolaire et à tout salarié la possibilité d’entrer dans une convention de sécurisation individuelle qui lui assurera d’être soit en emploi, soit en formation avec maintien de son revenu.
- Rétablir la retraite à 60 ans et mettre en œuvre les 32 heures hebdomadaire, deux mesures qui permettront d’allier progrès sociale et plein emploi. Travailler moins pour travailler tous.
- Donner un statut et des droits sociaux aux travailleurs des plateformes numériques et aux autoentrepreneurs afin d’en finir avec le moins disant social.
- Conditionner les aides aux entreprises à des objectifs quantifiables et mesurables en matière d’emploi (création, maintien, conditions d’exercice …).

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