Conjoncture économique – On ne sait pas trop où l’on va, mais on y va !

Après la crise sanitaire et ses diverses soubresauts, les conjoncturistes prévoyaient le retour à une croissance soutenue. Ces prévisions de croissance et autres analyses économiques ont été rattrapées par la guerre en Ukraine et le retour d’une inflation galopante et non contrôlée. Si l’économie reste une science difficile à anticiper, cette énième crise démontre une fois de plus qu’il est urgent de changer de régime économique.

L’économie mondiale chamboulée :

Nous n’étions pas tout à fait remis des conséquences de la crise sanitaire sur l’économie mondiale, une crise succédant à l’autre, la guerre en Ukraine continue de provoquer de forte perturbations, d’une autre nature, mais avec des conséquences très importantes pour tout le monde.

Cette situation a des conséquences directe pour chacune et chacun d’entre nous, mais aussi pour les entreprises avec une véritable explosion des prix de l’énergie. Il est vrai que le poids des ressources naturelles russes dans les échanges mondiaux et plus particulièrement dans les importations européennes expliquent cette situation.

La construction des prix à partir d’un système d’indexation sans aucun rapport avec les réels coûts de production entraine une répercussion sur l’ensemble des prix, entraînant une inflation proche de 10 %.

Quelques exemples pour comprendre : comment justifier le doublement actuel du prix des pâtes alimentaire fabriquées avec du blé, peut être ukrainien, mais récolté avant la guerre ?

Comment expliqué le triplement du prix des pellets de bois pour le chauffage si ce n’est que son indexation sur le cours du pétrole ? D’ailleurs quel est le rapport entre le bois et le pétrole ? Bonne question …

Le vrai problème est bien la déconnexion entre les prix de vente et les coûts réels de production pour assurer de juteux bénéfices et des dividendes toujours plus indécents et profitant qu’à une très faible minorité.

Une inflation à deux chiffres est une situation inédite depuis près de quarante ans. Certaines entreprises ont réduit leur production à cause de l’augmentation du prix de l’énergie, il y a des exemples dans notre région. Mais au-delà même des prix, l’arrêt des importations de gaz russe fait peser un risque de pénurie et donc de rationnement pour l’hiver à venir. Cela pourrait évidemment entraîner des conséquences majeures sur l’économie et sur la réponse aux besoins des populations.

Les politiques monétaires ne sont pas exsangues de tout reproche !

Certains économistes accusent les politiques monétaires de la Banque Centrale Européenne (B.C.E.) et la Banque Centrale Américaine (F.E.D.) d’être responsable de l’inflation que l’on connait actuellement.

Les principales banques centrales ont depuis longtemps abaissé massivement leurs taux pour tenter de soutenir l’activité. De plus, les banques centrales ont procédé à des achats massifs de titres, que ce soit de dettes publiques ou privées. Cet afflux de liquidités aurait selon certains économistes, trop stimulé la demande et ainsi dépassé les capacités d’absorption de l’économie, ce qui aurait conduit à l’augmentation des prix.

D’autres facteurs viennent expliquer, au moins en partie, l’inflation que l’on observe depuis plusieurs mois, nous l’avons vu au-dessus. Face à cette inflation incontrôlée, les banques centrales ont commencé à réagir en augmentant leurs taux directeurs. Seulement, il est difficile d’anticiper les réactions des acteurs économiques que sont les ménages et entreprises à ces hausses de taux et à leurs conséquences l’économie réelle. La dernière hausse des taux décidée par la BCE par exemple, en 2011, a eu des effets très négatives sur l’économie, ce qui avait conduit la BCE à faire marche arrière au bout de quelques mois.

Comme en 2008, il y a une menace d’explosion des  » bulles spéculatives  » :

Une grosse partie de l’argent injectée par les banques centrales durant la crise sanitaire s’est retrouvé à stagner sur les marchés financiers, notamment car les projets d’investissements étaient rares du fait de l’incertitude économique. C’est ce qui explique pourquoi les bourses mondiales ont, elles, atteint des records historiques à la fin de l’année 2021.

Ce niveau record mais en évidence les conséquences de la politique de l’offre et prouve, une fois de plus, la déconnexion entre le monde de la finance et l’économie réelle.

Certaines de ces bulles spéculatives ont déjà éclaté, en partie, comme le marché des cryptomonnaies (Bitcoin, Ethereum, etc).

La guerre en Ukraine et la reprise du virus, notamment en Chine, ont refroidis les ardeurs des « investisseurs » sur le premier semestre 2022 mais les bourses évoluent toujours à un niveau élevé. Cette déconnexion encore accrue entre la valorisation boursière et l’économie réelle fait ainsi peser une menace puisque ces bulles spéculatives pourraient éclater fortement devant les incertitudes qui pèsent sur l’économie mondiale.

Comment faire des prévisions dans environnement aussi incertain ?

« Jusqu’ici tout va bien, le plus dur ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage ». Cette célèbre citation d’un film du milieu des années 90 résume assez bien la situation actuelle.

Pour le moment, l’économie européenne échappe à la récession malgré l’inflation, notamment grâce aux pays de l’Europe du Sud comme l’Italie et l’Espagne. C’est une réelle inversion des rôles par rapport à ce que l’on observe depuis plus de 10 ans.

Ceux qui étaient montrer du doigt, railler, cloué au pilori pour leur mauvaise gestion,  » les fainéants de l’Europe  » sont ceux qui tirent l’économie Européenne en ce moment.

Pour ce qui est de la France, la croissance était de 0,5 % au second trimestre après – 0,2 % au premier trimestre. Les Etats-Unis, quant à eux, ont eux enchaîné deux trimestres consécutifs de croissance négative. Malgré cela, le chômage se maintient à 3,6 %.

Nous observons des signaux très contradictoires qui rendent très incertaines les prévisions pour les mois à venir.

Pour la France, selon les différents instituts et organismes, la croissance est estimée entre 2,1 % et 2,5 % pour 2022 et entre 0,3 % et 1,4 % en 2023. Cet écart assez important pour 2023 est une preuve de l’incertitude.

Le risque de récession ne peut être exclu, que ce soit pour les Etats-Unis ou l’Union européenne, spécialement en Allemagne qui voit son modèle économique totalement remis en cause par les perturbations internationales.

La Banque d’Angleterre a de son côté livré des prévisions très pessimistes pour le Royaume-Uni pour la fin de l’année 2022 et 2023.

La Chine connaît une crise majeure de son secteur immobilier qui est le véritable moteur de sa croissance.

Sans parler des tensions géopolitiques, c’est un euphémisme de dire que l’économie mondiale est perturbée. Il est fort probable que nous soyons à l’aube d’une nouvelle crise économique majeure tant les piliers même du capitalisme financiarisé et mondialisé vacillent. Les instruments de politique économique pour tenter de « corriger » cette marche vers la crise sont eux aussi largement dépassés et inefficaces.

La seule alternative qu’il nous reste un changement radical de modèle économique en sortant d’un capitalisme financier pour aller vers une économie basée sur la réponse aux besoins réels des populations à travers le monde, et ils sont immenses !

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