Les « ristournes » à la pompe ne changent pas le cœur du problème ; le prix des carburants reste à un niveau élevé. Idem, les » chèques énergie » ne font pas baisser les prix du gaz et de l’électricité. Regardons les mécanismes du marché des énergies où, pour des raisons différentes, tout le monde se tient par la « barbichette ».
Prix du pétrole : une rente de situation pour les actionnaires.
Il ne faut pas nier les tensions internationales qui mettent sous pression l’ensemble de la filière. Cependant, elles ne suffisent pas à elles seules à expliquer un niveau de prix aussi élevé. Non, plus classiquement, à tous les niveaux de la chaîne, il y a une véritable prédation de richesse !
Concernant le pétrole, nous pouvons distinguer 3 étapes :
- L’exploitation/extraction : le cours du Brent reste à un niveau élevé même s’il a diminué dernièrement. Cela s’explique par la spéculation sur les prix du pétrole et les variations de la demande mondiale de pétrole. Si l’on regarde ce phénomène par rapport au principal acteur français, cette situation explique près de 50 % des bénéfices records de Total en 2021.
- Le raffinage : le même phénomène est constatée. Les marges augmentent fortement du fait de la réduction organisée par les grands groupes des capacités de raffinage. Partant du principe que » tout ce qui est rare est cher, moins de raffineries entraîne une hausse des marges de celles qui restent.
- La distribution : là aussi, un phénomène bien connu. Quand les cours du pétrole augmentent, l’effet est quasiment immédiat sur les prix à la pompe… mais pas dans le sens inverse ! Nous l’avons tous constaté, il faut plusieurs semaines pour que la baisse du cours du baril se traduise par une baisse à la pompe. Tant pis pour celles et ceux qui roulent pour travailler, il faut gaver les actionnaires.
Une fois les différents phénomènes démystifiées, ce n’est que parce que les grands groupes comme Total, qui sont présents tout au long du processus, de l’extraction à la distribution, veulent augmenter leur marge qui explique un prix du carburant aussi élevé !

Le prix du gaz expliqué par la Guerre en Ukraine !
La hausse du prix du gaz est clairement liée au contexte international et spécialement à la guerre en Ukraine. Cependant, l’ouverture du marché de la distribution de gaz accentue le phénomène.
L’embargo européen sur le gaz russe et l’arrêt des livraisons par la Russie alors que près de la moitié des importations de gaz dans l’Union européenne provient de Russie, créé des tensions sur le marché favorable à la hausse des prix.
Si le risque de pénurie est écarté pour les particuliers en France pour cet hiver, ce n’est pas le cas dans certains pays tel que l’Allemagne.
En ce qui concerne les tarifs en France, le « bouclier tarifaire » qui devrait être reconduit contient partiellement la hausse. Rappelons que sans ce dispositif de régulation, l’inflation aurait été de 3,1 points plus élevée entre les deuxièmes trimestres 2021 et 2022, selon l’Insee. Autant d’arguments pour un blocage des prix plus strict encore, financé par exemple par une taxe sur les « superprofits ».
Le prix de l’électricité intimement lié avec le prix du gaz.
En matière d’électricité, si EDF avait conservé le monopole et si un « marché » n’avait pas été créé de toutes pièces avec la loi NOME en 2010, nous ne serions sans doute pas dans une telle situation.
Nous payons désormais le prix du dogme » de la concurrence libre et non faussée « !
Voici schématiquement le fonctionnement de ce marché :
L’électricité s’échange sur des marchés « de gros » : les fournisseurs peuvent l’acheter à un jour, un mois, un an…
À court terme en revanche, ce qui détermine le prix de l’électricité, c’est le coût de production de la dernière source d’énergie utilisée, bien souvent… du gaz ! Quand le prix du gaz augmente… le prix de l’électricité augmente également.
C’est le résultat direct de la création d’un « marché européen de l’énergie ».
L’Arenh, en d’autres termes l’accès régulé à l’électricité nucléaire c’est le pendant « fournisseurs » de la marchandisation de l’électricité.
Le dogmatisme marchand a poussé à créer des « concurrents » à EDF pour fournir l’électricité. Depuis 2011, EDF est contrainte de vendre une part de sa production nucléaire à un tarif définit à l’avance à ses concurrents… pour qu’ils soient concurrentiels !
Chacun reconnaîtra que c’est un marché artificiel, bizarrement organisé.
Seul une partie des contrats des « alternatifs » (les fournisseurs non EDF) sont à prix fixe, d’autres sont liés au prix de gros… qui explose ! C’est la raison pour laquelle de nombreux clients cherchent massivement à redevenir clients d’EDF.
Le cas d’EDF est sans doute le plus éclairant sur la « folie marchande » dont souffrent les gouvernements européens depuis plusieurs dizaines d’années. C’est une maladie dont les causes sont bien connues (le besoin infini du capitalisme d’étendre le domaine marchand pour perdurer), les symptômes tout autant (la destruction de nos services publics, collectifs de travail et bien sûr précarisation des usagers), et le remède également : en finir avec la logique du capital, du marché et du profit, dans le domaine de l’énergie comme dans l’ensemble des productions que nous jugerons collectivement comme « essentielles », à commencer par la santé, le transport, le logement, l’éducation et l’alimentation.
Sans quoi les néolibéraux et leurs potions amers continueront à mettre en sursis la possibilité de vivre dignement de son travail.

Laisser un commentaire