Avec le dérèglement climatique entraînant de fortes chaleurs, des sécheresses récurrentes, ainsi qu’un stress hydrique grandissant, la gestion de l’eau et la préservation de cette ressource essentielle deviennent des enjeux cruciaux pour notre planète. En effet, l’eau joue un rôle fondamental dans de nombreux aspects de nos vies, que ce soit pour l’agriculture, l’approvisionnement en eau potable, la production d’énergie ou encore la préservation des écosystèmes aquatiques.
Aujourd’hui, les difficultés d’approvisionnement en eau ne concernent plus uniquement quelques contrées éloignées, dans notre pays aussi, la question de l’approvisionnement en eau se pose de manière préoccupante. En 2022, près d’une centaine de communes en France n’étaient pas correctement approvisionnées en eau potable, ce qui constitue une situation alarmante.
L’idée de confier la régulation de l’accès à l’eau à la prétendue « main invisible » du marché est totalement illusoire ! Les conséquences prévisibles de cette approche sont sans équivoque : des pénuries d’eau alarmantes et une flambée des prix ! C’est pourquoi il est maintenant impératif pour les responsables politiques de créer un grand service public national de l’eau, une solution solide et incontournable pour faire face à ces défis pressants !

L’eau représente un élément vital, un droit fondamental de tout être humain, reconnu par l’Organisation des Nations Unies et un bien commun. La tendance à la privatisation croissante de la gestion de l’eau, observée dans divers pays, a engendré une situation alarmante où les intérêts financiers prennent le pas sur l’intérêt public.
La gestion privée a avant tout pour objectif de maximiser les profits, ce qui conduit les entreprises privés à augmenter les prix rapidement pour obtenir un rendement sur investissement. Cette dynamique crée une véritable injustice, sociale notamment, car les personnes les plus vulnérables sont les premières victimes de ces hausses exorbitantes des prix. Elle créée aussi une injustice géographique.
En outre, la privatisation de la gestion de l’eau a également un impact néfaste sur la qualité des services. Les acteurs privés sont souvent motivés par des gains à court terme, ce qui compromet l’entretien des infrastructures et la qualité de l’eau distribuée.
La situation de la gestion de l’eau en France :
D’après le rapport 2023 d’Eau France, 25 651 services, portés par 13 855 collectivités, disposent de compétences d’eau potable et/ou d’assainissement. La majorité des communes ont transféré leurs compétences eau et assainissement vers les Communautés de Communes, notamment en application de la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République. Les échéances fixées pour le transfert obligatoire de ces compétences s’étendent de 2018 à 2026 selon le type d’EPCI.
En 2021, le taux de gestion intercommunale est en légère progression à 69,6 % (68,7 % en 2020). Une gestion communale ou intercommunale ne signifie pas forcément une gestion publique.
En matière d’eau potable, 68 % des services sont gérés en régie contre 32 % en Délégation de Service Public (DSP). Cependant, la gestion publique (en régie) concerne principalement les petites communes, aussi 57 % de la population française dépend d’une DSP. Le nombre moyen d’usagers par service est de 3 903 en régie contre 11 316 en DSP.
Le prix moyen TTC au 1er janvier 2022 du service de l’eau et de l’assainissement collectif s’élève à 4,34 €/m3 – redevances, taxes et abonnement inclus – (4,30 €/m3 au 1er janvier 2021), pour une consommation annuelle de référence de 120 m3 par ménage.
Ce prix moyen ainsi que ses deux composantes (eau potable et assainissement collectif) présentent une forte variabilité territoriale : 80 % de la population bénéficie d’un prix de l’eau potable compris entre 1,60 €/m3 et 2,74 €/m3 et d’un prix de l’assainissement collectif compris entre 1,42 €/m3 et 3,17 €/m3.
Le prix global de l’eau est plus élevé au nord, notamment dans le nord-ouest. En France métropolitaine, la Bretagne (5,01 €/m3) et les Hauts-de-France (4,84 €/m3) présentent les prix moyens les plus élevés et, à l’opposé, la Provence Alpes Côte D’azur (3,80 €/m3), l’Occitanie (3,92 €/m3) présentent les prix moyens les plus faibles.
En ce qui concerne l’Outre-mer, les écarts sont encore plus marqués avec un prix moyen très élevé en Martinique (6,09 €/m3) et en Guadeloupe (6,48 €/m3), mais le prix moyen régional le plus faible à la Réunion (2,76 €/m3).
De très nombreux facteurs liés au contexte local (complexité technique du service, provenance des eaux, sensibilité du milieu récepteur, dispersion de l’habitat, pression touristique, etc.), mais aussi à des choix politiques en matière d’investissements, de gestion et de qualité de service, contribuent à expliquer l’ensemble des écarts de prix décrits ci-dessus.
Concernant la performance des services d’eau potable, l’évaluation des pertes dues aux fuites (1 litre sur 5 en moyenne) est en légère diminution, avec un rendement du réseau de distribution évalué à hauteur de 81,5% en 2021.
Enfin, le taux de renouvellement du réseau est de 0,65 % / an, c’est à dire qu’il faudra 135 ans pour renouveler le réseau complètement, c’est qui est clairement insuffisant.
A la lecture du rapport, nous constatons beaucoup d’inégalité et beaucoup de politique différentes pour la gestion d’une même ressource. Pour faire simple, dans notre pays, nous avons 13 855 politiques de l’eau différentes, c’est à dire autant que de collectivités gestionnaires !

Construisons un grand service public national de l’eau !
Face aux enjeux en matière de gestion de l’eau, il est essentiel de mettre en place des solutions durables et efficaces. La préservation des ressources en eau est une préoccupation majeure et cela implique de promouvoir une utilisation responsable de l’eau, de développer des méthodes d’irrigation plus efficaces, de mieux interconnecter les réseaux et de favoriser la réutilisation des eaux usées traitées, le fameux troisième réseau discuté depuis de nombreuses années.
Il n’est pas entendable que l’on continue à payer un prix différent en fonction de l’endroit où l’on habite pour bénéficier de service public essentiel que constitue l’accès à l’eau.
Il est temps de créer un grand service public national de l’eau qui gérerait la préservation de la ressource, l’alimentation en eau, l’évacuation des eaux usées et la mise en œuvre des investissements nécessaire pour renouveler le réseau.
Ce grand service public pourrait être créer dans le même esprit qui a inspiré la création d’EDF à l’après guerre.
- Le prix du m3 identique pour tous les usagers sur le territoire national pour mettre fin aux disparités entre chaque communes.
- L’accès à l’eau serait garanti pour chaque usager quel que soit le lieu où il habite.
- Les ressources en eau pourraient être gérées nationalement.
- Mettre en œuvre une politique pluriannuelle d’investissement afin de réduire drastiquement les fuites et de disposer d’un réseau performant.
- Les représentants des usagers doivent avoir leur place dans les lieux de décision, notamment lors de la fixation du prix.
Si la volonté politique est au rendez-vous, nous pourrons créer ce grand service public national de l’eau qui permettra de sortir ce bien commun essentiel des « griffes » de la gestion privée et des intérêts particuliers afin de gérer l’eau dans l’intérêt général.

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