Service National Universel (SNU) : et puis quoi encore ?

Récemment, l’ancienne Secrétaire d’État à la Jeunesse, Sarah El Haïry, qui est maintenant Secrétaire d’État à la Biodiversité, a annoncé que le Service National Universel (SNU) serait intégré à la classe de seconde à partir de l’année prochaine. Cette décision vise officiellement à créer un sentiment d’unité et à promouvoir la cohésion sociale parmi les jeunes en France : on croit rêver !

Rappelons que le Service National Universel a été lancé en 2019. C’est un programme gouvernemental qui propose une expérience de deux semaines en internat pour les jeunes âgés de 15 à 16 ans. On est bien loin de ceux qui prônent le retour au Service Militaire, qui lui-aussi, avait montré ses limites !

Selon la prose gouvernemental, le SNU vise à développer le sens de l’engagement, l’esprit civique et l’autonomie. Depuis son lancement, le SNU a suscité des débats et des critiques, certains remettant en question, à juste titre, la pertinence et l’efficacité de ce programme qui est encadré par des militaires.

Pour ma part, il est inacceptable qu’un tel dispositif vienne retirer 12 jours d’enseignements aux élèves. Alors que la nouvelle mouture du baccalauréat a déjà retiré plusieurs semaines de cours en raison des épreuves anticipées, un tel dispositif va venir aggraver la diminution des volumes horaires d’enseignements.

Si l’objectif du SNU est d’enseigner l’Éducation morale et civique, le gouvernement n’a qu’à recruter plus de professeurs pour en assurer la réalisation. Si le gouvernement veut permettre à des jeunes de partir en vacances, qu’il finance à hauteur des besoins les associations d’éducation populaire qui se battent au jour le jour pour permettre à la jeunesse de partir en vacances, de faire du sport, de la musique.

En généralisant ce dispositif, le gouvernement opère aussi un odieux chantage au financement. L’ancienne Secrétaire d’état annonçait que les établissements qui seront volontaires pour cette intégration du SNU en seconde se verront doter de financements supplémentaires. À l’heure où l’ensemble des enseignants par l’intermédiaire de leurs syndicats dénoncent le manque de moyens dans les établissements, conditionner des augmentations de budgets à l’organisation du SNU est pour le moins indigne.

Le chantage s’adresse aussi aux lycéennes et lycéens, puisque la secrétaire d’État indique vouloir valoriser davantage le SNU dans Parcoursup. Lorsque l’on sait que les lycéens issus des classes populaires sont sous-représentés dans le dispositif, il est évident qu’un tel chantage va venir renforcer la sélection sociale opérée par Parcoursup et ça aussi c’est totalement inacceptable.

Finalement, le SNU est un dispositif un peu « fourre-tout » qui entretient une dangereuse confusion entre armée, éducation populaire et éducation morale et civique.

Il serait sans doute plus pertinent de supprimer le SNU et d’affecter son budget à l’Éducation Nationale, que le Ministère de la Jeunesse et des Sports dispose des moyens nécessaires pour développer une véritable politique à destination de la jeunesse et en donnant les moyens aux acteurs de l’Éducation Populaire de jouer pleinement leur rôle.

C’est en effectuant ces investissements sur l’avenir de notre pays, dans l’éducation, le secteur associatif, les loisirs, mais aussi sur le transport afin de pouvoir y accéder que notre République permettra à chaque jeune de devenir un citoyen et un travailleur libre et émancipé.

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