Malgré les discours volontaristes des différents gouvernements, nous subissons trente ans de désindustrialisation avec de terribles conséquences. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 2,2 millions d’emplois perdus, une perte de dix points de la part de l’industrie dans le PIB, des centaines d’entreprises fermées et des millions de vies brisées. Ces trente années de renoncement ne sont pas uniquement dues à la « main invisible du marché », comme certains voudraient le croire. Il s’agit bien d’un réel manque de volonté politique et d’un défaut de vision à long terme. La désindustrialisation n’est pas un phénomène inexorable, mais elle nécessite une stratégie solide ainsi qu’une action résolue de la part des gouvernements et ce n’est malheureusement pas le dernier texte du gouvernement, débattu à l’Assemblée Nationale sur l’industrie verte qui permettra d’améliorer la situation !
La désindustrialisation est un massacre économique et social et un terreau fertile pour les idées d’extrême droite du Rassemblement National !
La perte d’emplois dans le secteur industriel a un impact profond sur l’économie, la société et les territoires qui les subissent. Non seulement elle prive les travailleurs de leur gagne-pain avec une certaine « sécurité financière », mais elle contribue également à l’aggravation des inégalités sociales et territoriales. Des régions autrefois florissantes, où l’industrie était le pilier de l’économie, se retrouvent maintenant dévastées, avec des taux de chômage élevés et des perspectives d’avenir sombres.
Les exemples sont nombreux dans le pays, le Nord, le Pas de Calais où plus proche de nous : la Vallée de la Fensch ou en Meurthe et Moselle : Longwy ou plus généralement le Pays Haut et dans notre circonscription, le bassin de Pompey. Pompey est un bon exemple, puisqu’il est cité partout comme « modèle » en matière de reconversion industrielle.
Tout d’abord et il faut le souligné, la puissance publique y a mis les moyens : l’État, la région, le département, la communauté de communes, tout le monde a fortement contribué ! D’ailleurs il serait intéressant de faire le calcul du ratio d’aide publique par emploi créé. Nul doute que comme partout dans le pays, nous sommes face à un patronat « shooté » à l’argent public, qui en réclame toujours plus, sans jamais aucune contrepartie et encore de contrôle de ce qui est fait avec cette manne financière.
Au niveau national, entre 1979 et 2019, les aides publiques aux entreprises sont passées de 9,7 milliards à 156,88 milliards. Le schéma des aides aux entreprises suit la même courbe s’agissant des dépenses de nature fiscale et budgétaire. Malheureusement, tout cet argent, c’est à dire notre argent, n’a aucunement empêché les saignées industrielles, qui s’accompagnent toujours de drames humains.

Revenons à Pompey pour finir notre exemple, les faits sont têtus, malgré l’investissement public massif, il aura fallu 30 ans pour recréer le même nombre d’emploi que ceux détruits lors la fermeture des Aciéries de Pompey.
La carte de la désindustrialisation correspond peu ou prou à celle des meilleures progressions du Front National devenu entretemps Rassemblement National. Sentiment de déclassement, colère face aux fermetures d’entreprise, impression de ne compter pour rien et que les décisions sont prises ailleurs, sont des carburants solides pour les idées simplistes développées par l’Extrême Droite.
Fidèle à sa politique du « bouc émissaire », populiste à souhait, accusant ici les immigrés, là l’Europe ou plutôt Bruxelles, sans jamais s’en prendre aux réels responsables de ces situations, c’est-à-dire le patronat qui a préféré la rente à l’investissement faisant de notre pays le champion d’Europe des délocalisations. Le Rassemblement National présente une vision simpliste et démagogique de la désindustrialisation. En exploitant les frustrations et les désespoirs des populations des territoires touchées par la perte d’emplois et la dégradation du tissu social, en capitalisant sur les peurs, il tente de se présenter comme le « sauveur suprême », prétendant qu’il est le seul capable de protéger les intérêts nationaux alors que le seul intérêt qu’il défend c’est celui des patrons !
Et que dire de l’abandon de l’état, dans ces territoires, le corolaire à la désindustrialisation est le départ des Services Publics : moins d’écoles, dégradation de l’offre de soin (fermeture de services ou d’hôpitaux), fermeture des bureaux de poste, des gares, des centres des impôts etc … Déjà fragilisé économiquement et socialement, ces territoires ont l’impression d’être abandonné par l’État et ses habitants deviennent des « oubliés » de la République.

La Loi sur l’Industrie Verte très très loin de répondre aux enjeux !
Chacun se souvient de l’humiliation nationale lorsqu’en pleine crise sanitaire durant la pandémie de Covid-19, notre pays, la France, était incapable de produire des masques, des tests et des vaccins parce que les moyens de production et le savoir-faire avaient disparu ! La 5ème ou 6ème économie mondiale était totalement dépendante du bon vouloir et des importations d’autres pays.
« Rien ne sera plus jamais comme avant », avait dit le Président de la République. Nous pouvions donc espérer que l’on avait retenu les leçons des erreurs du passé et que ce texte sur l’industrie de demain serait à la hauteur des enjeux.
La Loi sur l’industrie verte est articulée autour de 4 thématiques :
- Faciliter et accélérer l’implantation de sites industriels en France.
- Financer l’industrie verte par la mobilisation des fonds publics et privés.
- Favoriser les entreprises vertueuses dans toutes les interventions de l’État.
- Former aux métiers de l’industrie verte.
développant 15 mesures :
- Offrir 50 sites « France 2030 » et dépolluer les friches industrielles.
- Accélérer la dynamique de réindustrialisation dans les territoires.
- Diviser par deux les délais d’implantations industrielles.
- Créer une procédure exceptionnelle simplifiée pour les projets d’intérêt national majeur.
- Favoriser le recyclage de déchets industriels.
- Soutenir les technologies vertes grâce au crédit d’impôt « investissements industries vertes ».
- Soutenir la décarbonation des industries existantes.
- Mobiliser l’épargne privée pour financer l’industrie verte.
- Identifier les entreprises les plus vertueuses : le Triple E.
- Une commande publique qui favorise davantage les produits vertueux sur le plan environnemental.
- Conditionner les aides publiques aux entreprises à une trajectoire vertueuse.
- Conditionner le bonus écologique à l’empreinte environnementale des véhicules électriques.
- Verdir le budget de l’État.
- Former plus d’ingénieurs et de techniciens en France.
- Remettre l’industrie au cœur des formations et renforcer son attractivité.
À part l’objectif vertueux de réduire de 41 millions de tonnes de CO2 l’empreinte carbone française à horizon 2030, ce texte n’est clairement pas à la hauteur. D’ailleurs, il est davantage éclairant par ses absences que par son contenu. Rien sur la formation des travailleurs, rien sur l’organisation des filières, rien sur la relance de la recherche et du développement.
Pire encore rien sur l’énergie, le mix énergétique et la relance du nucléaire parce qu’il faut tenir le langage de la vérité, si l’on veut réindustrialiser le pays avec une industrie verte, il va falloir de l’électricité en très grande quantité et bon marché, en d’autres termes plus de centrales nucléaires ! Rien non plus sur l’hydrogène (vert de préférence) qui sera probablement l’une des clés pour l’industrie de demain.

Les macronistes, fidèles à eux-mêmes se réfugient dans la politique de l’offre, l’état stratège a disparu, on fixe quelques objectifs bateaux, on déréglemente, on créé une situation fiscale « favorable » (avec des crédits d’impôt), on met des milliards sur la table et on dit aux « capitaines d’industrie », d’où qu’ils viennent : « faites en ce que vous voulez tant que ce soit vert » !
Nous sommes très loin d’une politique industrielle et encore plus loin d’une industrie qui répond aux besoins de la population !
Réindustrialiser le pays, c’est bon pour l’environnement !
La désindustrialisation a également des répercussions sur l’environnement. L’industrie a souvent été un des plus grands pollueurs, mais elle a aussi été un moteur d’innovation et de progrès technologique. En perdant cette capacité de production et d’innovation, nous nous privons également des moyens de trouver des solutions durables aux défis environnementaux auxquels nous sommes confrontés.
Il s’agit sans doute d’une évidence, mais ce qui n’est pas produit ici est produit ailleurs ! Que ce soit pour la consommation des ménages, pour les entreprises dans leur processus de production ou pour répondre aux besoins des ménages, pour permettre aux Services Publics de fonctionner, nous consommons des produits fabriqués ailleurs dans des conditions environnementales souvent catastrophiques et des conditions sociales indignes du XXIème siècle. Ces produits faisant souvent plusieurs fois le tour de la planète pour arriver jusqu’à chez nous avec une empreinte carbone désastreuse.
Il nous faut donc réfléchir à l’impact de la production et de la consommation de produits importés sur l’environnement et les conditions sociales.
Aujourd’hui, que cela nous plaise ou non, nous vivons dans un monde mondialisé où les marchés sont à la fois interconnectés et interdépendants. Les produits traversent les frontières avec une facilité déconcertante, plus facilement que les êtres humain d’ailleurs. Cela signifie que ce que nous consommons est la plupart du temps produit dans des pays lointains, où les réglementations environnementales et les normes sociales sont quasi toujours beaucoup moins strictes que dans notre pays. Nous assistons désormais à une forme de « dumping » environnemental.
Un exemple parmi d’autres : l’industrie du textile. De nombreux vêtements que nous achetons sont fabriqués dans des pays que l’on dit en développement, où les travailleurs sont soumis à de longues heures de travail, à des conditions de travail dangereuses et à des salaires dérisoires. Souvenons nous du drame du Rana Plaza.
C’est le résultat des politiques de délocalisation menées par les patrons du textile dans le seul but d’avoir des « coûts » de main-d’œuvre bon marché et in fine de réaliser des bénéfices plus importants. Cependant, cela a des conséquences néfastes tant sur les travailleurs que sur l’environnement. Ainsi l’empreinte carbone d’un jean est de 24 kg de CO2 ce qui représente à titre de comparaison 10 000 km en TGV, une robe en polyester 56 kg de CO2 soit près de 24 000 km en TGV ou encore une paire de chaussure de sport 19 kg de CO2 soit 8 000 km en TGV.
Nous pourrions citer d’autres exemples que le textile : l’électroménager.
Un lave linge c’est une empreinte carbone de 296 kg de CO2 soit 125 000 km en TGV, un réfrigérateur c’est une empreinte carbone de 255 kg de CO2 soit 108 000 km en TGV.
Face à de tels chiffres, la démonstration est faite : réindustrialiser le pays c’est bon pour l’environnement.
L’ersatz de politique industrielle menée par le gouvernement rate l’essentiel à savoir quelle stratégie et quelle politique industrielle mettre en place pour relocaliser tout ce qui peut l’être et notamment tout ce qui nous permet de retrouver notre souveraineté. Sans régulation du marché, sans protectionnisme intelligent, sans haut niveau de formation des travailleurs, sans investissements massifs, sans une véritable politique industrielle planifiée et piloté par la puissance publique, la relance de l’industrie restera l’otage des grands projets décidés ailleurs, par d’autres et nous serons très loin de répondre aux besoins de la population.

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