« Salauds de pauvres » : célèbre réplique prononcée par Jean Gabin dans la traversée de Paris illustre parfaitement la « bashing » à destination des moins fortunés de nos concitoyens. Bien sûr, ce n’est pas nouveau, rappelons nous les propos de Laurent Wauquiez sur « l’assistanat » qui serait « un cancer pour la société », ceux du Président de la République sur « le pognon de dingue », des propos récents sur les bénéficiaires du RSA qui ne seraient ni plus ni moins que des fainéants ou encore les réactions malsaines auxquelles nous assistons chaque année sur les réseaux sociaux à l’occasion du versement de l’allocation de rentrée scolaire.
C’est assez incroyable la propension de certains à « lorgner sur la gamelle du dessous » alors qu’ils sont incapables de lever les yeux pour regarder « gamelle du dessus », largement plus enviable ! C’est bien sûr méconnaître la réalité, alors regardons de plus près ce que c’est d’être pauvre !
Avec combien vivent les 1 % les plus pauvres ?
Selon l’INSEE, en France, les 1 % des plus pauvres vivent avec moins 444 € par mois, c’est à dire avec moins que le RSA (534 €) et 2 % des plus pauvres avec moins de 602 € par mois. Dans notre pays, près 1,2 millions de personnes survivent à ce niveau de ressources, parce qu’avec des montants pareils, on ne peut pas parler de vivre.
Ces statistiques ne sont d’ailleurs pas complètes puisqu’elles ne comptabilisent pas les étudiants, les personnes âgées en E.H.P.A.D. ou encore les sans abris. La situation réelle est sans doute plus grave et donc « moins enviable » que ce que nous montrent les données de l’INSEE.
Le seuil de pauvreté s’établit à 940 € par mois et près de la moitié des personnes perçoivent un revenu inférieur à 752 €, c’est à dire 18 % de moins que le seuil de pauvreté et ce chiffre stagne depuis près de 20 ans.
Dans le même temps, en France, les 10 % les plus riches détiennent plus de la moitié des richesses nationales quand les 50 % les plus pauvres se partagent moins de 10 % du gâteau. Les 43 milliardaires français ont vu leur fortune progressé de près de 58 % depuis 2020, ce qui représente près de 58 milliards de plus. Ne faudrait il pas regarder plutôt de ce côté-là ?

Qui sont les plus pauvres ?
Toujours selon l’INSEE, la pauvreté monétaire touche en premier lieu les chômeurs (38,9 %). Parmi les personnes qui travaillent, les travailleurs indépendants sont plus vulnérables (17,6 %) que les salariés (6,8 %). Les retraités sont moins fréquemment en situation de pauvreté (9,5 %). Depuis 2013, 200 000 travailleurs supplémentaires vivent en-dessous du seuil de pauvreté, principalement à cause des temps partiels subis et du développement de la précarité de l’emploi.
Les ménages sont différemment exposés à la pauvreté selon leur configuration familiale. Les familles monoparentales sont les plus concernées (32,8 %).
En 2019 (derniers chiffres parus), 31,5 % des immigrés sont pauvres, en particulier ceux nés en Afrique (39,2 %).
Comment nous nous situons par rapport à nos voisins Européens ?
16,8 % des Européens sont pauvres. En France, d’après le dispositif européen SILC, qui diffère de la mesure nationale, 13,6 % des personnes sont pauvres. La France se situe au 10ᵉ rang des pays avec les taux de pauvreté les plus faibles, devant l’Allemagne (14,8 %), l’Italie (20,1 %) ou l’Espagne (20,7 %).
Réussissons nous à réduire la pauvreté ?
Entre 1970 et 1984, le taux de pauvreté a fortement diminué, passant de 18,2 % de la population à 14,3 %. De 1984 à 1996, sous l’effet de la hausse du chômage, il augmente de 2 points.
De 1997 à 2004, il recule à nouveau avec une certaine forme d’embellie économique pour atteindre 12,7 % de la population. Il varie ensuite peu jusqu’en 2008. Il augmente jusqu’en 2011 avec la crise de 2008, et se stabilise jusqu’en 2017. Après une hausse de 0,7 point en 2018, liée notamment à la baisse des allocations logement, le taux de pauvreté se replie de 0,2 point en 2019 et s’établit à 14,6 %.
Sur une longue période, la pauvreté a nettement reculé parmi les retraités, particulièrement entre 1970 et 1984. Depuis vingt ans, elle a fortement augmenté pour les familles monoparentales.

La pauvreté ce n’est pas bon pour la santé !
Les 10 % les plus pauvres risquent trois fois plus de souffrir de diabète que les 10 % les plus riches. Cette inégalité sociale se constate pour les problèmes cardiaques, les maladies du foie et les maladies psychiatriques.
En France, à âge et sexe identiques, les plus modestes sont plus exposés aux maladies chroniques, c’est-à-dire graves et longues, que les plus aisés selon le ministère de la Santé. Les 10 % aux revenus les plus bas ont ainsi 2,8 fois plus de risques de développer un diabète que les 10 % les plus riches. Ce risque est 2,2 fois plus élevé en ce qui concerne les maladies du foie ou du pancréas et les maladies psychiatriques.
De la même manière, les plus pauvres sont 1,6 fois plus exposés aux maladies respiratoires chroniques et 1,5 fois plus aux maladies neurologiques ou dégénératives comme, par exemple, la maladie de Parkinson et la maladie d’Alzheimer. Les maladies cardiovasculaires, qui sont les maladies chroniques les plus fréquentes en France, concernent 1,4 fois plus les populations pauvres.
La survenue de maladies chroniques est plus importante chez les moins qualifiés. Si on les compare aux cadres supérieurs, les ouvriers ont un risque deux fois plus important de souffrir de diabète, et les employés, deux fois plus de développer une maladie psychiatrique.
Ces maladies chroniques, qui touchent davantage les plus modestes, ont des conséquences sur bien d’autres aspects de la vie. Elles limitent les capacités des personnes (à faire des études, à trouver un emploi, à partir en vacances, etc.) et agissent sur leur bien-être de manière générale.
Elles ont pour conséquence ultime de diminuer leur espérance de vie par rapport à celle des plus favorisés. Sans ces maladies, les inégalités d’espérance de vie à la naissance entre les plus modestes et les plus aisés seraient réduites d’un tiers selon les auteurs de l’étude.

Ne tombons pas dans la « chasse aux pauvres » comme en Italie !
Le 27 juillet dernier, par un simple SMS, près 169 000 familles italiennes (ce qui représente environ 500 000 personnes) ont appris qu’elles ne percevraient plus le revenu de solidarité, l’équivalent de notre RSA.
Cette allocation de 780 € avait été créée en 2019 afin de garantir à chaque italien de vivre au-dessus du seuil de pauvreté (780 € à l’époque).
L’extrême droite au pouvoir en Italie, fidèle à son idéologie ultralibérale, avec en filigrane l’idée que si les gens sont pauvres, c’est de leur faute, s’est donc lancer dans une « chasse » aux pauvres.
Malheureusement, l’idée que « couper » les allocations diminuerait « l’assistanat » et forcerait les gens à travailler est très répandu dans la classe dirigeante en Europe et pas qu’à l’extrême droite.
Cependant, l’extrême droite, fidèle à son histoire aime « trier » les gens. Ainsi en Italie, les bénéficiaires de l’allocation de solidarité vont être trier entre ceux qui sont employables et ceux qui ne le sont pas !
Les familles composées de personnes de situation de handicap, d’enfant mineur ou de personnes de plus de 60 ans auront droit à un crédit d’insertion de 500 € par mois. Les couples sans enfant et les célibataires auront droit à un chèque de 350 € pendant douze mois.
Cette mesure abjecte ne pousse pas les italiens à travailler, elle les y oblige. Sans compter qu’en Italie, il n’y a pas de salaire minimum, en d’autres termes les gens seront obligés d’accepter des emplois très mal rémunérés et souvent très précaires.
Cet exemple italien est à regarder de près tant l’extrême droite française, Rassemblement National en tête, encense ses homologues italiens. Il est fort à parier que s’ils arrivaient au pouvoir dans notre pays, ils appliqueraient la même politique.
Si vous êtes toujours aussi convaincus que les plus pauvres ont une situation si enviable que cela, surtout n’hésitez pas, démissionnez et courrez vous inscrire au RSA, après tout, tout le monde à le droit à sa part de bonheur ! Bien sûr, ces propos sont sarcastiques et volontairement provocateurs pour dénoncer l’absurdité d’envier un plus précaire que nous.
Utilisons plutôt ce temps et cette énergie pour créer une société plus juste, plus solidaire et lutter contre les inégalités. Luttons pour créer de vrais emplois, sans précarité et pour l’augmentation des salaires ce qui permettra à tout le monde de vivre mieux, notamment dans le contexte d’inflation.
Au lieu de chercher querelle aux plus pauvres, intéressons nous plutôt à ceux qui accumulent tellement, qu’ils n’auront pas assez de toute une vie pour tout dépenser. Il est temps de partager et d’imposer une meilleure répartition des richesses.
N’oublions pas ces mots de Victor Hugo : « c’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches » !

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