À la veille de la rentrée scolaire, beaucoup d’entre nous ont dû aller faire les « courses de rentrée » et ont constaté une flambée des prix. D’après les différentes associations de parents d’élèves, l’augmentation serait de 8,7 %. La situation est donc de plus en plus tendue pour les familles qui n’habitent pas dans une commune qui « offre » les fournitures aux élèves. La promesse républicaine de l’école gratuite s’éloigne de plus en plus chaque année.
Malheureusement, il n’y a pas qu’à la rentrée scolaire que nous subissons l’inflation. Ce mal insidieux qui étouffe chaque mois un peu plus les ménages et gangrène le pouvoir d’achat fait la fortune de quelques multinationales qui profitent allègrement de la situation.
« L’inflation : impôt pour les pauvres et prime pour les riches » est une citation bien connue à gauche de l’échiquier politique, elle est attribuée à François Mitterrand, mais elle a été reprise par de nombreux hommes politiques.
Alors que 53 % des français disent régulièrement renoncer à l’achat de denrées alimentaires en raison de leurs coûts, que 28 % des français, faute de moyens sautent au moins un repas par jour, les entreprises du CAC 40 ont vu leurs bénéfices augmenter de près 13 % au second semestre 2022.
Bien sûr, l’envolée des prix n’explique pas à elle seule cette « bonne fortune », mais elle y contribue grandement d’après une étude publiée cet été par le FMI (Fond Monétaire International) qui n’est pourtant pas un « repère de gauchiste ». 49 % des profits des entreprises de la zone euro s’expliquent par l’augmentation des prix au 1er trimestre 2023.
Ce que cette étude démontre également c’est que quand le consommateur découvre la « douloureuse » à la caisse de son supermarché, c’est moins la guerre en Ukraine que les marges des géants de l’agroalimentaire à qui il doit s’en prendre !

Si l’étude du FMI ne s’intéresse pas spécifiquement aux entreprises françaises, force est de constater que nos multinationales ne se sont pas contentées de répercuter la hausse des matières premières, de l’énergie etc…, beaucoup d’entre elles ont saisi la balle au bond pour améliorer leur profitabilité.
Selon les données de Scalens, une société spécialisée dans le « data » des entreprises cotées en bourse, 24 des 40 sociétés du CAC 40 voient leur marge opérationnelle augmenter de 20 % au 1er semestre 2023.
Les détails des données de Scalens démontrent parfaitement que cette augmentation de la marge opérationnelle est directement liée à la politique des prix des entreprises concernées. Regardons quelques exemples :
Carrefour écrase les coût, pas les prix :
Il s’agit vous l’aurez compris d’une référence à une célèbre publicité. Le géant de la grande distribution a voulu taper fort et dégainer le premier avec son « panier anti inflation » composé de produits de première nécessité à prix bloqué.
L’association de consommateurs UFC-Que choisir a passé au crible les 139 références de ce panier anti inflation depuis le mois de janvier et le résultat n’est pas très reluisant :
- Ce panier mélange à la fois des produits de premières nécessités (alimentation, hygiène) et d’autres tels les grilles pain ou encore des écouteurs.
- Ces 139 produits bloqués représentent « une goutte d’eau » dans les dizaines de milliers de références dans les magasin du groupe.
- Les prix bloqués ne concernent quasi exclusivement des marques distributeurs alors que ces dernières ne représentent que 20 à 30 % du montant du ticket de caisse.
Résultats : c’est tout bénéf pour Carrefour, une augmentation 11,2 % de son chiffre d’affaires au 1er semestre 2023, un bénéfice de 326 millions d’euros, en augmentation de 5,1 % et un taux de profitabilité qui a augmenté de 70 % en 4 ans.

Ces résultats ont été obtenus en « sortant » 30 000 salariés du groupe entre 2018 et 2023 grâce au passage des hypers en location gérance. D’un côté Carrefour a réduit drastiquement ses coûts et profite de l’inflation pour augmenter ses prix plus que de raison.
Danone fait son beurre !
L’exemple de Carrefour ne doit pas nous faire oublier que les principaux gagnants de la hausse des prix sont les géants de l’agroalimentaire.
Danone vient de publier ses résultats pour le 1er semestre 2023 et ils sont particulièrement éclairants :
- Un chiffre d’affaires en augmentation de 8,4 % malgré une baisse des volumes vendus de 1,1 %.
- Un bénéfice record de 1,1 milliard d’euros en augmentation de 7,8 %.
Cet exemple nous démontre bien que c’est grâce à l’augmentation des prix que Danone fait augmenter son chiffre d’affaires. D’ailleurs l’augmentation des prix constatée des produits Danone pour les consommateurs est de 11 %.
Une vrai mauvaise affaire pour les consommateurs !
Il n’y aura donc pas eu de trêve estivale sur le front de l’inflation. Si le gouvernement se gargarise du ralentissement de l’inflation, c’est à dire que les prix augmentent moins vite que l’année dernière, il faut tout de même compter 4,3 % d’augmentation entre juillet 2022 et 2023. Beaucoup de salaire n’ont pas suivi cette courbe, quant aux prestations sociales, n’en parlons même pas !
Avec un coût moyen de 3 024 € pour un étudiant non boursier, la rentrée 2023 va être particulièrement difficile.
Malheureusement, les indicateurs économiques actuels ne montrent pas d’amélioration à court terme !
Pendant que la majorité de nos concitoyens se serrent la ceinture, se privent, jonglent avec les factures, certains se gavent et profitent allègrement de la situation.
Aujourd’hui, il s’agit plus de discuter mais bien de bloquer les prix et d’augmenter les salaires !

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