L’année 2022 a vu s’allonger les files de l’aide alimentaire et s’aggraver la détresse des plus précaires. En 2023, malheureusement pas d’amélioration en vue, ce sont près de 10 millions de personnes qui subissent la précarité alimentaire. Après une année durant laquelle les prix alimentaires ont augmenté de 15 %, tout laisse à penser que l’année en cours sera une nouvelle année de fièvre des prix, notamment des prix alimentaires. De fait, la facture s’allonge un peu plus chaque mois. Le prix de produits de première nécessité ont augmenté de 18,4 % entre le dernier trimestre 2021 et le deuxième trimestre 2023 selon l’INSEE.
Pendant que certains ont faim, d’autres se gavent !
Les inégalités sociales se creusent de plus en plus, mettant en évidence un système économique où les plus riches s’enrichissent au détriment des plus démunis. Cette situation est d’autant plus alarmante alors que près de 10 millions de nos concitoyens luttent au quotidien pour satisfaire un besoin aussi essentiel que se nourrir.
L’industrie agroalimentaire tire profit de cette inflation galopante pour stimuler ses propres revenus, sans tenir compte des conséquences sur les plus modestes. Selon une étude de l’Insee, il a été révélé que le taux de marge de cette industrie a connu une augmentation significative au cours de l’année 2022, dépassant même le niveau atteint en 2018.
L’augmentation du taux de marge a gonflé, au même niveau que celle des prix de l’énergie, l’inflation finale. Les industriels et la grande distribution se sont donc gavés, ce qui a entraîné dans le pays, au bout de la chaîne, la montée en flèche de la précarité alimentaire : 11 % à 12 % des ménages français sont en situation d’insécurité alimentaire et ce chiffre ne baissera pas, selon les associations d’aides alimentaires qui constatent l’explosion de la demande sociale.
Cette réalité économique jette une lumière crue sur les disparités sociales qui perdurent dans notre pays. Pendant que certains se gavent, d’autres, le plus grand nombre, peinent à joindre les deux bouts et sont confrontés à des difficultés pour assurer leur subsistance.

Les Centres Communaux d’Action Sociale (CCAS) et les associations en première ligne.
Face à cette situation alarmante et qui s’accrue chaque année, beaucoup de plus précaires dépendent de l’aide apportée par les CCAS et/ou les associations telles que le Secours Populaire, les Restau du Cœur, le Secours Catholique ou plus près de chez nous SNI.
La précarité, contrairement aux idées reçues ne touchent pas que les bénéficiaires des minimas sociaux si souvent stigmatisés par la droite et l’extrême droite. Aujourd’hui, face à une inflation touchant à la fois l’alimentation, l’énergie, le carburant des centaines de milliers de travailleurs « pauvres » basculent dans la précarité alimentaire ou énergétique.
Partout dans le pays, les acteurs de la solidarité le constate la demande d’aide explose. A titre d’exemple à Blénod, le budget dépensé en secours alimentaire a presque doublé par rapport à la même période de l’année 2022.
Des habitudes de consommation bien différentes entre les différentes catégories socioprofessionnelles.
Les postes qui occupent une place plus importante chez les ouvriers :
Les biens de base constituent une part plus importante du budget des catégories les moins favorisées. Le poste « alimentation et boissons non alcoolisées » est plus élevé chez les ouvriers que chez les cadres supérieurs (16,4 % contre 13,5 %). Ces derniers peuvent s’offrir de la nourriture de qualité supérieure, plus chère (des produits bios, par exemple), mais ne mangent pas dix fois par jour : leur budget alimentation plafonne donc, rapporté à leur revenu.
Idem pour les dépenses de logement (18,4 % pour les ouvriers et 13,4 % pour les cadres) : nul besoin de multiplier les cuisines ou les salles de bain. Ces postes n’augmentent pas au rythme du niveau de vie : les cadres dépensent bien sûr un montant plus important que les ouvriers mais cela représente un pourcentage plus faible de leurs ressources.
Le détail des postes de consommation dessine les singularités des modes de vie. En matière d’alimentation par exemple, le budget « viande bovine » des cadres est supérieur à celui des ouvriers, mais ces derniers dépensent davantage pour le porc. Le prix de ces denrées n’est pas le même. Alors que les cadres ont un budget global supérieur de 30 % aux ouvriers pour l’alimentation, ils dépensent deux fois plus pour les légumes frais et le poisson. Inversement, les ouvriers, même avec des revenus très inférieurs, dépensent plus en valeur absolue (en euros) que les cadres en boissons gazeuses ou en margarine.
La façon de manger reste socialement marquée : c’est une question de moyens, mais aussi d’habitudes de vie, qui diffèrent selon les milieux sociaux.

Les postes pour lesquels les cadres dépensent plus :
Les ouvriers consacrent davantage aux biens de base, les cadres aux biens les moins essentiels. En matière d’éducation, le budget consacré par les ménages reste faible en France grâce à sa prise en charge par les services publics : 1,3 % pour les dépenses des cadres et 0,5 % pour celles des ouvriers. Tout de même, les cadres y consacrent en moyenne 475 euros de plus par an. Du fait des frais d’inscription dans le supérieur, où les ouvriers sont beaucoup moins représentés (ou en sont parfois exonérés), mais aussi du fait des dépenses pour les cours particuliers ou l’enseignement privé.
Même chose pour le poste « meubles et équipement de la maison » : les cadres y consacrent 6,5 % de leur budget total contre 4,6 % pour les ouvriers. Pour une part, il s’agit de l’effet des prix : les cadres n’ont guère besoin de plus de vaisselle, de tables ou de canapés que les ouvriers (en tout cas pas de façon proportionnelle à l’écart de revenus), mais leurs dépenses dans ce domaine sont trois fois plus élevées. Le gros de la différence entre cadres et ouvriers se loge moins dans le mobilier que dans l’utilisation de services domestiques, qui coûtent 840 euros aux cadres par an, contre 54 euros seulement aux ouvriers. Avoir recours à du personnel de maison est encore un élément qui sépare les univers sociaux.
Enfin, l’écart est encore plus grand pour le chapitre « hôtels et restaurants » : les cadres y consacrent une part presque deux fois plus grande de leurs revenus (10,7 % contre 5,5 %), c’est-à-dire 3 300 euros de plus par an que les ouvriers, soit une dépense 3,5 fois supérieure. Ils vont plus souvent au restaurant, dans des établissements où l’addition est élevée, fréquentent beaucoup plus les hôtels, et de gamme plus élevée. Ce poste du budget des ménages fait aussi partie de ceux qui distinguent.
Il y a donc bien certes des habitudes, mais surtout des moyens différents entre les catégories socioprofessionnelles. La question demeurent et doit trouver une réponses : comment garantir l’accès à toutes et tous à une alimentation saine ?

Une filière à repenser et des choix politiques clairs à faire !
Il ne s’agit pas ici de blâmer l’agriculture française même si objectivement il y aurait des choses à redire. La responsabilité vient de l’incapacité des gouvernements successifs à soutenir une alimentation saine et locale.
Depuis trop longtemps, les majorités successives ont préféré à la ferme France la concurrence internationale à travers l’accord économique et commercial global (Ceta), le Marché commun du Sud (Mercosur) et leurs cortèges de millions de tonnes de denrées alimentaires importées. Ce choix n’est pas neutre pour la qualité nutritionnelle de nos assiettes.
Il n’est pas question non plus de culpabiliser les consommateurs en refusant de voir que manger mieux coûte plus cher : la responsabilité est ailleurs, au cœur des choix qui ont tué notre agriculture.
Nombre de filières nationales sont confrontées à la concurrence de produits importés moins-disants, moins bons, moins chers, moins tout. Selon l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), 10 % à 25 % des produits agricoles et alimentaires importés sont concernés. Les conséquences d’un tel décalage coûtent cher aux Français et à leur santé.
Il est urgent d’inverser cette situation en soutenant la demande intérieure de produits français de qualité issus des filières locales, ce qui contribuera à faire baisser les prix. Tandis que notre agriculture biologique est en recul et que toute l’agriculture française souffre.
C’est par l’augmentation des salaires (et plus fortement des plus petits), mais aussi en agissant sur les prix (par le blocage si nécessaire) que nous pourrons atteindre un objectif aussi essentiel dans une société moderne que l’accès à toutes et tous à une alimentation de qualité. Enfin, la proposition de prime alimentaire orientée vers les produits alimentaires « made in France » des députés communistes permettrait de soutenir à la fois la filière agricole française et les ménages les plus modestes pour l’accès universel au bon et au sain !

Bonjour,
Je tiens tout d’abord à vous remercier pour cet article très informatif et engagé. Vous avez mis en lumière une réalité très préoccupante et souvent méconnue : les inégalités sociales qui se reflètent jusque dans nos habitudes alimentaires et les choix que nous pouvons faire en matière de nourriture. La crise alimentaire que vous décrivez met en évidence des problèmes profonds de notre société et de nos systèmes économiques.
La façon dont vous avez analysé la situation, en montrant comment les prix des produits de première nécessité ont augmenté de manière disproportionnée et ont un impact direct sur les plus précaires, est vraiment percutante. Vous avez souligné avec clarté comment l’industrie agroalimentaire et la grande distribution tirent profit de cette situation, sans tenir compte des conséquences sur les populations les plus vulnérables.
De plus, votre mise en évidence des choix politiques qui ont contribué à cette crise est essentielle. Les accords commerciaux internationaux et la priorité donnée à la concurrence internationale au détriment de notre agriculture locale ont des répercussions directes sur la qualité de notre alimentation et sur les possibilités d’accès à des produits sains et locaux pour tous.
Votre appel à repenser la filière alimentaire et à prendre des décisions politiques claires est crucial. Il est temps de remettre en question les choix qui ont été faits et de mettre en place des politiques qui favorisent l’accès de tous à une alimentation de qualité, quels que soient leurs moyens. L’idée d’encourager la demande intérieure de produits français de qualité et de soutenir l’agriculture locale est très pertinente.
Votre article nous pousse à réfléchir à la façon dont nous pouvons contribuer, en tant que consommateurs et citoyens, à changer cette situation. Cela nécessite des actions collectives et des choix politiques forts pour garantir que l’accès à une alimentation saine et de qualité ne soit pas un privilège réservé à quelques-uns, mais un droit fondamental pour tous.
Merci encore pour cet article percutant qui nous encourage à agir pour un changement positif.
Cordialement,
Les Spatules
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